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Histoire et patrimoine

Histoire et patrimoine

A la fin de la guerre de 1940 : l’opération « Pont de Livron »

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Le 15 août 1944, des troupes franco-américaines débarquaient en Provence malgré l’opposition de la XIXe Armée allemande. Celle-ci, dans son mouvement de repli, choisit de remonter la vallée du Rhône : les Allemands empruntèrent dans notre région la Nationale 7 plutôt que la RN 86 ou les départementales passant par Crest car ces deux derniers itinéraires étaient trop favorables à des embuscades des maquis ardéchois ou drômois.

Pour gêner au maximum la retraite allemande, il fallait tout de suite détruire les ponts sur la RN 7 ; mais celui de Livron posait problème car la proximité du bourg rendait dangereux pour les civils tout bombardement. Alors la décision fut prise de le faire sauter.

Une opération bien réglée.

Le 15 août à 16 h 30, le capitaine Gérard/Albert (Henri Faure) chef de la SAP (Section atterrissages parachutages) reçut ce message du Commandant Legrand (Général de Lassus) chef FFI de la Drôme : « Faites sauter le pont de Livron, rendez compte de l’exécution ».

Dès le matin du 16 août, Henri Faure vérifia l’armement disponible et fit récupérer à Dieulefit des bâtonnets de plastic pour ajouter à ceux qu’il avait déjà. Vers le soir, à 19 h, une reconnaissance fut effectuée : des véhicules allemands stationnés dans la journée de part et d’autre du pont étaient partis. Après discussion à la ferme Brunel, à 3 km en amont, il fut décidé de se rendre au lieu d’opération vers 22h. À 22 h 30, un groupe de reconnaissance, composé d’Henri Faure, Jean Mathon, Jacques Monier et Louis Valette, s’approcha prudemment de la RN 7 ; les maquisards entendaient chanter les Allemands cantonnés près du pont. Le Groupe de protection Nord, composé de Louis Valette, Philippe Monier, Jean Boyer, Maurice Brunet, Léon Brunel, Pierre Chastel et Jean Mathon, vint prendre position. Les Allemands chantaient toujours, leurs volets étaient fermés ; alors le reste du commando franchit rapidement le pont en longeant le parapet, et le Groupe de protection Sud comprenant Henri Faure, Charles Comer, Camille Planet, Max Lafont, René Achard, Jean Boulanger, Philippe Vitali, Raymond Baulac et Raymond Bertalin, prit position du côté de Loriol.

Restait à faire le plus important et le plus délicat : creuser les puits de mine. Des chars allemands étaient bien stationnés au sud, à 600 m environ, de part et d’autre de la RN 7, mais les mineurs ne pouvaient être vus. Ceux-ci, répartis en deux groupes, Jean Didier et Marcel Testut d’un côté, Charles Bonnet et Élie Mourier de l’autre, commencèrent à creuser, espacés de 6 m, deux puits de mine sur la clef de voûte de l’arche la plus au sud. Les barres à mine avaient été entourées de chiffons, mais il fallait, par prudence, bien espacer les coups. Soudain, toute proche, la porte du cantonnement s’ouvrit, une ombre sortit : était-ce l’alerte ? Non, heureusement, le soldat était simplement sorti pour uriner. Autre inquiétude, peu après, une patrouille allemande, tous feux allumés, se présenta au sud mais fit demi-tour au niveau des chars arrêtés là. Le travail se poursuivit lentement et enfin, sous le sable enlevé, apparut la voûte du pont. Alors trois cellules de plastic furent placées dans chaque trou, les mèches lentes mises en place, et le tout remblayé avec précaution.

Et ce fut le repli, on repassa devant le cantonnement ennemi et l’on rejoignit sur la route d’Allex le véhicule utilisé pour venir. On attendit peu ; vers trois heures du matin, un éclair brutal suivi d’un fracas épouvantable : le plastic venait d’exploser ! Et chacun de se poser bien sûr la question : le pont avait-il été coupé ? Il fallut attendre le jour pour savoir.

Une retraite fortement entravée.

Oui, l’opération avait réussi : l’explosion avait ouvert une brèche de 27 m dans l’arche sud ! Et c’était – on l’apprendra bientôt – trois mètres de trop pour que les soldats allemands du Génie puissent la réparer avec leur matériel ! Dès ce jour, des convois motorisés commencèrent à s’entasser sur la rive sud et subirent le feu des Alliés. Seuls les chars de la 11ème Panzer SS allaient réussir à passer sans grand dommage la rivière. Le 19, la Brigade du général américain Butler étant venue prendre position sur les hauteurs de Marsanne aux côtés des maquisards, bien des Allemands cherchèrent à traverser la Drôme beaucoup plus en aval. Même si la rivière était basse à ce moment, beaucoup de véhicules légers allaient s’enliser : de nombreux anciens Livronnais se souviennent d’un véritable cimetière d’engins motorisés abandonnés dans les derniers hectomètres de la Drôme.

Des conséquences importantes.

Coincée par la destruction du pont de Livron et le débordement à l’est de l’armée du général Butler, la XIXe Armée allemande eut à subir de lourdes pertes durant la grande bataille de Montélimar, mais elle ne fut pas exterminée comme on l’a trop souvent dit : très diminuée, disloquée, elle put tout de même se reconstituer partiellement dans les Vosges. C’était pour elle un très grave échec auquel avait fortement contribué l’action du commando dirigé par Faure dans la nuit du 16 au 17 août 1944.

Les maires de Livron de 1790 à 2014

De 1790 à ...

  • LACROIX Jean : Maire de février à novembre 1790
  • SEAUVE Jean-Joseph : Maire de décembre 1790 à octobre 1791
  • ROMIEUX Jean-Louis : Maire de novembre 1791 à février 1795
  • SABATIER Jean-Pierre : Maire de février à octobre 1795

Municipalité de canton de la fin 1795 à 1800

Ce nouvel organisme était formé d’un Président et d’agents municipaux (chaque commune désignait un agent). C’est BESSON de Mirmande qui, à partir de novembre 1795, a présidé cette Municipalité mise en place par la Constitution de l’an III.

De 1800 à ...

  • CARTIER DE LA FAUCHETIÈRE Humbert, Isaac : 1800-1808
  • CHEVALLIER (Jean-Jacques de) Comte de Sinard : 1808-1815
  • AGREL Jean-Antoine : 1815-1831
  • BERNARD Joseph, Numa : 1832-1840
  • AGREL Jean-Antoine : 1841-mort en 1853
  • MONICAULT (Joseph, Charles, Eugène de) : 1853-1855
  • BERNARD Paul, Joseph, Gabriel : 1855-1857
  • DENIS Jean : 1857-1865
  • MORIN-LATOUR Thomas : 1865-1868
  • COMBIER Antoine, Camille, Léopold : 1868-1882
  • MAZADE Auguste : 1882-1888
  • SIBOURG Étienne, Henri : 1888-1893
  • COMBIER Antoine, Eugène, Maurice : 1893-1900


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De 1900 à ...

  • COMBIER Joseph : 1900-1908
  • AUBIN Léon : 1908-1912
  • BOISSONNAT Jean-Pierre : 1912-1913
  • TRAPIER Paul : 1913-1919
  • LAMOTTE Gustave : 1919-1925
  • FAVOT Alfred : 1925-1942
  • CHABERT Antoine : 1942-1945
  • BÉRAUD Maurice : 1945-1947
  • BOUIX Daniel : 1947-1971
  • RAVIT Lucien : 1971-1983
  • DESPERT Jean : 1983-1989
  • BON Claude : mars à septembre 1989 (décès)
  • QUERRÉ Dominique : octobre 1989 - mars 2001
  • MORCEL-PAQUIEN Daniel : mars 2001 à mars 2008
  • JARJAT Daniel : mars 2008 - mars 2014
  • BERNARD Olivier : depuis mars 2014
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Regard sur le passé Livronnais

Une commune rurale

Livron a été d’abord une commune essentiellement rurale. Étendu sur 3 817 ha, son territoire comprend trois zones : au sud-est, un petit massif crétacé dominant la Drôme, à l’est des restes de terrasses alluviales constituant le « coteau », à l’ouest une vaste plaine s’étalant jusqu’au Rhône.

Cette tripartition village-coteau-plaine a, durant des siècles, marqué la vie livronnaise. Du point de vue agricole, le coteau et la plaine n’offraient pas jadis les mêmes possibilités : les sols légers du premier ont été longtemps préférés aux terres lourdes de la seconde qui réclamaient un outillage et des attelages puissants. Il a fallu attendre le XVIIIe siècle avec l’essor démographique, l’utilisation de meilleures charrues et l’irrigation par canaux pour voir s’engager véritablement la mise en valeur de la vaste plaine livronnaise. Cette mise en valeur qui, d’abord, a accompagné l’essor démographique, l’a ensuite prolongé et modulé en se conjuguant à l’essor commercial, artisanal et industriel de Livron aux XIXe et XXe siècles.

Un bourg perché

Le château. À la proue d’un petit massif crétacé, la colline du Vizier, dominant la Drôme et la route de Lyon à Marseille, constituait un site remarquable. Un château y fut établi dès la fin du XIe siècle par le seigneur de ces terres, l’évêque de Valence. Celui-ci, en novembre 1157, obtint de l’empereur germanique Frédéric 1er Barberousse la confirmation de tous les privilèges temporels de son Église et prit ainsi rang parmi les grands vassaux de l’Empire ; il était à la tête d’État indépendant ayant droit de battre monnaie et possédant un nombre important de places parmi lesquelles Livron, Loriol, Étoile, Allex, Montvendre, Montéléger, etc.

Le château de Livron a fait naître une légende qu’a rapportée Gervais de Tilbury en 1209 dans ses « Otia imperiala ». On disait qu’une de ses tours était enchantée : souvent, le garde qui y passait la nuit était retrouvé le matin au bas de la colline où il avait été transporté sans mal, de façon inexplicable (au XIXe siècle, on a rattaché cette légende à la seule tour d’enceinte restée debout qui reçut alors le nom de Tour du Diable .

Dans le domaine politique, pour le secteur de Livron, les évêques de Valence, les comtes de Valentinois et les seigneurs de La Voulte vont s’opposer tout au long des XIIIe et XIVe siècles ; en intervenant dans leurs luttes, l’empereur germanique et le roi de France feront tout pour étendre leur influence et agrandir leurs domaines respectifs. Entre les comtes de Valentinois et les évêques de Valence, une guerre intermittente de près de cent ans s’engagera et perdurera au grand dam des populations.

Le village, la ville, le bourg (1304-1493). La petite ville de Livron s’était établie au-dessous du château, au nord-ouest de la colline. Sa population, au début du XIVe siècle, était assez forte pour que l’évêque de Valence accorde aux habitants, le 14 octobre 1304, une charte de franchises . Peu après, en février 1311, la communauté livronnaise trouva les ressources pour apensionner les fours seigneuriaux .

Si Livron fut touché au printemps 1348 par l’épidémie de peste noire remontant la vallée du Rhône, et dut subir, dès après 1360, les multiples exactions des Routiers, des temps moins calamiteux survinrent au XVe siècle.

La petite communauté put assurer la mainmise sur le circuit local de production du pain en acensant, en avril 1412, les moulins de Livron dont la gestion pesait au seigneur évêque. Et celui-ci autorisa, le 30 mars 1423, la création d’un marché dans la localité, le mardi de chaque semaine, espérant amorcer ainsi un renouveau économique et démographique qu’il souhaitait comme les habitants .

La réputation du château de Livron – lieu très fort jugé imprenable – n’a pas apporté que des avantages. Geoffroy de Boucicaut (frère du maréchal de France fait prisonnier par les Anglais à Azincourt en 1451) avait épousé, en 1421, la nièce de l’évêque de Valence Jean de Poitiers. Ayant servi le pape Benoît XIII dans la ville d’Avignon jusqu’en 1413, il réclamait le paiement de gages impayés et, devant le refus qu’on lui opposait, il avait entrepris des opérations dans le Comtat. Bientôt menacé, il vint, en 1427, chercher refuge dans le château de son oncle à Livron. Il y fut assiégé, à partir de mars 1427, par près de 600 soldats venus d’Avignon ; Boucicaut devra capituler le 7 mai 1427. Si la population locale ne fut pas trop gravement touchée durant cette opération, par mesure de rétorsion, le château livronnais sera détruit en partie .

La situation politique avait évolué dans la région. Alors que, depuis 1305, le Rhône constituait la frontière entre le Royaume de France et l’Empire, ce dernier avait peu à peu perdu toute influence sur la rive gauche du fleuve. En avril 1446, le Valentinois fut annexé au Dauphiné, et le Dauphin Louis II (futur roi Louis XI) travailla, dès 1447, à réduire toutes les parcelles d’autorité souveraine que détenaient encore quelques grands feudataires : parmi ceux-ci le seigneur de Livron, l’évêque de Valence et Die. Entre ce dernier et le Dauphin fut conclu, le 10 septembre 1450, un traité de pariage qui sera réaménagé en 1456 .

En ce milieu du XVe siècle, dans les comptes consulaires de Livron (où fonctionnait, sous la direction d’habitants élus, une administration déjà diversifiée), la moyenne tant des recettes que des dépenses était d’environ 177 florins (soit la valeur de 265 sétiers de blé, c’est-à-dire à peu près 12 tonnes) . Ce niveau plutôt modeste montre l’importance médiocre des fonds gérés alors par la communauté des habitants.

Bientôt, une étape allait être franchie dans la constitution de l’agglomération livronnaise. La « ville », assez proche du château, s’était déjà prolongée au-delà des premiers murs d’enceinte (la rue dite de « Villeneuve » témoigne de cette lointaine extension). Si, en 1461, on comptait à Livron 192 chefs de famille, soit entre 700 et 800 habitants , à la fin du XVe siècle la ville originelle se trouva doublée d’un petit « bourg » qui allait croître dans la première moitié du siècle suivant.

Fait révélateur d’une émergence urbaine, une grande église collégiale fut édifiée ; placée sous l’invocation de Saint-Prix, elle sera consacrée en 1493 .

Dans la région, et à Livron en particulier, on avait assisté, tout au long du XVe siècle, à l’extension des terres d’Église ; à côté d’une frange de familles riches ou, du moins, aisées, une forte partie de la société paysanne constituait alors une sorte de prolétariat de misérables dont l’endettement a été sans doute l’aspect le plus saisissant de la conjoncture sociale à la fin du XVe siècle .

L’âge d’or du « bourg » (1494 – 1562). Alors qu’il n’y avait plus à Livron, depuis 1306, de pont pour franchir la Drôme, un nouvel ouvrage fut construit à partir de 1511 , malheureusement emporté en 1521 par une crue de la rivière. Il faudra attendre le XVIIIe siècle pour qu’un pont durable soit établi.

La première moitié du XVIe siècle est la période au cours de laquelle le bourg perché a compté le plus d’habitants : avec 369 maisons recensées en 1556, il devait compter aux alentours de 1 200 habitants . Cette forte population et la plénitude du fonctionnement des institutions locales font que cette période peut être considérée comme « l’âge d’or » du bourg perché.

Cette petite ville en pleine croissance devait accueillir favorablement la Réforme. Le mouvement allait être favorisé, renforcé même dans notre région, par la nomination d’un nouvel évêque pour Valence et Die : Jean de Montluc. Large d’esprit, acquis à l’idée d’une réforme de l’Église catholique, cet évêque sera très réceptif aux nouveautés dans son diocèse.

À Livron, le noyau réformé a grossi rapidement. Les responsables protestants n’ont pas tardé à écrire à Genève pour obtenir un pasteur. Et, alors que les passages de troupes se multipliaient, le jeudi 7 mai 1562, le pasteur Jehan Penin, envoyé de Genève, arriva à Livron. Le 24 mai, les habitants décidèrent de le garder : l’Église réformée de Livron était née et elle se trouvait solidement établie .

Une place protestante (1562 – 1633). Le 27 avril 1562, La Motte-Gondrin, Lieutenant général de Dauphiné, avait été tué à Valence, ce qui avait enclenché la guerre civile dans la province.

Fief réformé, Livron sera concerné par la guerre dès cette année 1562, avec l’hébergement de troupes, les fournitures d’hommes et de vivres, mais les opérations ne toucheront directement le bourg qu’au printemps 1570 lorsque le chef protestant Montbrun y logera une partie de sa troupe.

Le coup de force royal de la Saint-Barthélemy, en août 1572, fera cesser un temps les actions militaires et le pasteur livronnais Pierre de Vinays ira se réfugier à Genève. Mais, dès 1573, Montbrun reprendra les opérations. Livron assiégé une première fois sans succès en juin-juillet 1574, sera de nouveau encerclé, de décembre 1574 à janvier 1575, par des troupes royales fortes de 6 000 hommes . Ce siège mémorable, succès pour les assiégés, fera entrer Livron dans la grande histoire ; mais les suites seront bien difficiles en raison de l’épuisement des ressources et des dégâts occasionnés, la vieille ville étant partiellement détruite, une grande partie de ses murs ayant servi à renforcer l’enceinte extérieure.

Cédé aux troupes royales en vertu d’un accord provincial, Livron sera totalement démantelé en 1582 . Réoccupé par les troupes protestantes, le bourg retrouvera une nouvelle enceinte en 1590 avant de devenir, en 1599, l’une des douze places de sûreté accordées aux protestants en Dauphiné.

Le XVIIe siècle allait voir une perte progressive d’influence du parti protestant local. L’abjuration du pasteur livronnais Barbier en 1615 sera comme un prélude à ce recul. En 1623, Livron sera définitivement démantelé . La terrible épidémie de peste de 1629/1631 passée, la lutte reprendra et cette fois le parti catholique en sortira vainqueur : saisie du temple protestant en 1632, temple qui deviendra l’église catholique du lieu. Et la démolition du château en 1633 , sur ordre de Louis XIII et Richelieu, allait marquer une nouvelle étape : pour Livron son emploi de place forte était terminé.

La reconquête catholique (1634 – 1715). La puissance du parti protestant local a été peu à peu anéantie de 1635 à 1684. D’abord, les catholiques, bien que toujours très minoritaires, ont intrigué pour obtenir des avantages dans l’administration communale. Un accord intervint le 28 janvier 1635 : dorénavant, le conseil de la communauté, qui était élu chaque année, serait mi-parti, c’est-à-dire qu’il serait constitué de 3 conseillers de chaque culte.
Trente ans plus tard, bien que toujours largement majoritaires, les protestants allaient passer au second rang dans l’administration locale. En effet, à partir de 1666, le conseil restera mi-parti, mais on élira chaque année deux consuls, un de chaque culte, le premier consul étant nécessairement catholique. Cette prééminence était aussi assurée par la présence à toute réunion du conseil, du curé Antoine Bellin en tant que syndic des catholiques.

Puis vint le temps d’éliminer purement et simplement la religion protestante. Furent employés par l’État à la fois la carotte et le bâton : on offrait une prime ou l’exemption d’impôt en cas d’abjuration, sinon on menaçait d’envoyer les dragons. Les interdictions de culte et les ordres de démolition des temples vont se multiplier dans la région de la fin 1683 à la fin 1684.

Les protestants livronnais n’abjureront pas facilement ; il faudra, à l’automne 1685, de dures dragonnades pour que les choses changent. Des pages manquent dans le registre paroissial de Livron, et tout ne peut être comptabilisé, mais du 10 au 16 octobre 1685 seulement, le curé va enregistrer 420 abjurations ; quelques autres suivront jusqu’en novembre, et il y en avait certainement eu déjà beaucoup avant le 10 octobre. Cela s’était passé de façon analogue dans tout le pays, si bien que, sur le papier du moins, presque tous les protestants avaient abjuré. Aussi, le 17 octobre 1685, à Fontainebleau, Louis XIV put-il signer la révocation de l’édit de Nantes : les protestants ayant presque tous rejoint – disait-il – la religion catholique, l’édit était devenu sans objet. Un chiffre significatif : en 1687, deux ans après la Révocation, l’évêque de Valence comptait, parmi les 1 366 Livronnais, 71 % de « nouveaux convertis » (anciens protestants) ; c’est-à-dire qu’ici, avant la Révocation, la reconquête catholique « régulière » n’avait été qu’amorcée.

Des Livronnaises et des Livronnais émigrèrent : on trouve trace d’une trentaine d’entre eux secourus par la Bourse de Genève. Cette émigration se dirigea surtout vers l’Allemagne.

La fin du règne de Louis XIV devait être bien difficile. En 1701, un nouvel impôt, la capitation, était déjà venu accroître les charges, mais bientôt une catastrophe météorologique, le terrible hiver de 1709, amènera de nombreux décès et une recrudescence de la misère.

Bien qu’interdite désormais, la religion protestante ne s’était pas éteinte. Dans le milieu familial, les protestants entretenaient leur foi qui gardait ainsi une étonnante vitalité : les nombreux enterrements « aux champs » que note le curé livronnais dans son registre paroissial en apportent la preuve.


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La mise en valeur de la plaine

Elle s’est faite surtout à partir du XVIIIe siècle. Déjà au XVIIe, avec la fin des guerres intérieures, la résidence hors des murs du bourg ne faisant plus courir de grands risques, on avait vu de plus en plus fréquemment les agriculteurs résider dans leurs terres. Le phénomène avait touché d’abord le coteau ; au XVIIIe siècle, il allait complètement changer le visage de la plaine. Alors qu’en 1635, celle-ci ne regroupait que 13,8 % de la population livronnaise, elle en regroupera 32,9 % en 1801 (pour une population totale de 2 265 habitants) et 44,8 % en 1841 (sur un total de 3 730 habitants).

Des progrès agricoles, des innovations accompagnèrent, tout au long du XVIIIe siècle, ce peuplement de la vaste plaine livronnaise.

Notons d’abord un essai qui ne sera pas couronné de succès. Dans le cadre de l’opération « Rizières de France », des rizières avaient été prévues à Livron : elles furent concédées en décembre 1740. La mise en place commença dès la fin de l’hiver dans une partie de la plaine à l’ouest du bourg. Mais, dès le mois de juin 1741, devant les plaintes des habitants, il faudra s’engager à faire estimer par des experts les dommages causés à certains fonds livronnais par les constructions de canaux et l’inondation des terrains. Bientôt les installations furent sabotées : comblement de canaux, détérioration des vannes, etc. De plus, les eaux stagnantes des rizières amenèrent de nombreux cas de paludisme. Aussi, le faible rendement obtenu n’assurant pas la rentabilité, la culture du riz fut-elle très vite abandonnée .

Le développement de l’élevage du ver à soie allait procurer à tous de nouvelles ressources. Une activité industrielle en découla. En 1756, les frères Dessoudeys établirent, au pied de Brézème, un important moulinage où 4 roues hydrauliques, mues par les eaux de la Drôme, actionnaient 12 moulins ( 2 870 fuseaux et 5 banques de doublage de 25 broches chacune) et, au premier étage 16 banques de dévidage de 94 tavelles chacune. L’entreprise allait occuper une centaine d’ouvriers et surtout d’ouvrières originaires, pour la plupart, du Vivarais .

L’absence de pont sur la Drôme obligeait souvent les marchands, en période de hautes eaux, à se détourner vers Crest pour faire passer la rivière à leurs charrettes. Car l’usage du bac à Livron n’était pas sans risques. Par exemple, le 7 janvier 1764, un accident faillit coûter la vie au Courrier de France : le câble du bac s’étant rompu, la voiture tomba dans la rivière et il fallut bien des efforts pour sauver l’homme, le cheval et le véhicule. Par ailleurs, il y avait beaucoup à dire sur la qualité du service si l’on en croit l’ingénieur Paulmier de la Tour qui écrit en cette année 1764 : « Les patrons sont très négligents et préfèrent souvent le cabaret au bac ; tout le monde s’en plaint et je l’ai éprouvé moi-même, ce qui est d’autant plus répréhensible que le bac se trouve à une portée de canon au-dessous de la direction de la route. » L’ingénieur étant intervenu auprès du fermier, celui-ci promettra de veiller désormais « à ce que les patrons soient exacts et moins corsaires » . Seul un pont pouvait apporter la solution à toutes ces difficultés. Il sera construit de 1767 à 1789 suivant les plans de l’ingénieur Bouchet . Ouvrage de pierre bien conçu, il a pu être utilisé dès 1778 lorsque le gros œuvre a été achevé . En liaison avec les travaux du pont, des prises d’eau furent établies sur la rivière ce qui permit d’alimenter tout un réseau de nouveaux canaux destinés à l’irrigation de la plaine.

Dans les années qui ont précédé la Révolution, avec la croissance démographique, on a assisté à une paupérisation d’une part importante de la paysannerie ; celle-ci ne pouvait plus acheter des terres qui, convoitées par les classes privilégiées, voyaient leurs prix flamber. Et, pendant que la préparation des États Généraux focalisait l’attention des pouvoirs publics et des gens aisés, une grave crise économique et sociale se préparait contre laquelle on n’avait rien prévu. Alors que les paysans avaient dû subir un grave déficit de la sériciculture en 1787 et une moisson désastreuse en 1788, un temps exécrable allait ruiner tout espoir pour 1789 : après une série de pluies catastrophiques à l’automne, l’hiver 1788-1789 fut terrible. Noyers, mûriers et vignes allaient beaucoup souffrir. Les moulins de Livron restèrent plus d’un mois sans pouvoir fonctionner.

Avec la Révolution, le Consulat et l’Empire, les règles et les conditions du travail agricole se trouvèrent changées : abolition des droits seigneuriaux, vente des biens nationaux, etc. La croissance démographique, déjà bien engagée, allait se poursuivre avec l’apport de population extérieure. Le maire de Livron pouvait écrire en 1831 : « Les progrès remarquables de notre population peuvent être attribués à diverses causes (outre la multiplication des mariages sous les lois de la conscription) : au voisinage du département de l’Ardèche qui déverse annuellement des familles entières, à la division de la propriété qui a facilité l’établissement de ces émigrants, aux soins qu’a mis l’autorité à les protéger, – en quelque sorte contre le vœu des indigènes qui n’apercevaient qu’une charge dans leur pauvreté, tandis que notre vaste territoire manquait de bras et que, depuis cet accroissement sensible, nos terres sont mieux cultivées et plus productives » .

De grandes mutations au XIXe siècle

Mutation de l’agglomération : le pont et la ville basse. Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, le village est resté résolument perché (moins de vingt maisons le long de la Grande Route jusqu’en 1780 !). C’est l’établissement du pont sur la Drôme qui a changé les choses. Alors que le bac obligeait le voyageur à marquer à Livron un arrêt (on montait alors souvent au village en attendant que le bateau soit prêt), le pont permettait désormais de « brûler » le vieux bourg. Aussi les commerçants et artisans comme les aubergistes, les maréchaux-ferrants, les charrons, etc. furent-ils les premiers à s’installer le long de la route créant l’amorce de ce qu’on devait appeler « le Bas », le bourg ancien devenant « le Haut ».

Mutations politiques. À Livron, un bipartisme religieux équilibré (en 1872, 52 % de catholiques et 48 % de protestants) a marqué de façon originale l’évolution politique locale. Les débats autour de la question scolaire et des principes de la République (qui s’imposera en 1870) y prendront un relief accru.

Mutations économiques. Avec le développement de l’irrigation (canaux dérivés de la Drôme), l’amélioration des semences, l’utilisation des engrais, l’extension des prairies artificielles, les progrès de l’outillage et l’usage de machines, l’agriculture a connu un merveilleux essor après le premier quart du XIXe siècle.

Utilisant, pour la plupart, la force de roues hydrauliques établies sur les nouveaux canaux, ateliers et usines se sont multipliés. Un état, établi en 1843, est révélateur : 5 moulinages, 3 filatures, 4 taillanderies, 1 scierie à marbre, 1 four à puddler, 2 scieries à bois, 2 tanneries, plusieurs tuileries et briqueteries .

Un carrefour de voies de circulation. À la confluence des vallées du Rhône, de la Drôme et de l’Ouvèze, Livron s’est trouvé placé à un carrefour ferroviaire avec la mise en service des lignes : Lyon-Avignon en 1856, Livron-La Voulte en 1861, Livron-Crest en 1870 (prolongée jusqu’à Die en 1885). Et, parallèlement, la localité a vu grandir son rôle de carrefour routier : la route de Livron à Allex et Crest, entée sur la grande route de Lyon en Provence, a été établie au pied de la colline, la route vers l’Ardèche a bénéficié, pour franchir les deux bras du Rhône, de la construction de deux ponts, l’un en 1891, l’autre en 1892.

Pour conclure cet aperçu, lisons Ardouin-Dumazet qui écrit en 1890 : « La ville moderne de Livron, ou ville basse, s’ouvre sur le pont enjambant la Drôme, près d’une halte du chemin de fer de Die. C’est une grande et large rue, bordée de maisons cossues [...]. Sur le rocher à pic est la vieille ville [...] c’est un assez pénible séjour malgré la splendeur du panorama. Aussi les habitants descendent-ils un à un dans la ville basse où sont les moulinages de soie [...], où les canaux dérivés de la Drôme ont fait de la plaine caillouteuse une merveille de fraîcheur et de richesse agricole. Entre la ville et le chemin de fer, les champs sont superbes. La gare principale est assez loin de la ville, mais elle est importante ; là se détachent les lignes de Privas et de Briançon. C’est à ce nœud de voies ferrées que Livron, simple commune, doit d’avoir dépassé en population son chef-lieu de canton, la ville voisine de Loriol » .

Histoire

L’origine de Livron est attestée dès 1113, mais un habitat livronnais pourrait remonter à la civilisation romaine de par sa toponymie.
Le nom ancien « Castrum Liberonis » aurait pour origine « le domaine d’un homme libre » ou appelé « Liber ».

La Via Agrippa longe déjà le pied de la colline à cette époque.
Au faîte de la colline, Livron n’est longtemps qu’un château entouré de quelques masures. Mais son assise naturelle en fait vite une place très sûre, excellent refuge pour son seigneur l’évêque de valence. En 1157, la possession de ce château fut reconnue à l'évêque de Valence par Frédéric Barberousse, empereur Germanique alors suzerain de la région.
Très tôt aussi, la légende a fleuri sur ce lieu fort, battu par les vents : la Tour du Diable, accrochée au versant de Brézème, garde encore son mystère issu de faits étranges, rapportés par Gervais de Tilbury, en 1211, dans ses Otia Imperiala.
« Cette tour était habitée par des êtres surhumains qui se réservaient la garde de la forteresse. Lorsqu’on introduisait, le soir, un soldat pour faire le guet, au lever du jour, celui-ci était retrouvé endormi au pied de la tour et cependant les portes étaient closes. Il n’avait rien vu, rien entendu… »
A partir du XIIe siècle, La population s'accroît rapidement et voit ses droits reconnus au début du XIVe siècle : les Livronnais obtiennent une charte de leur évêque en 1304. Ce XIVe siècle allait être tragique : saccage du village lors des guerres entre petits seigneurs voisins, population décimée par la terrible peste de 1348, pillages et exactions des Routiers (soldats libérés par les trêves de la Guerre de Cent Ans). Livron se ramasse alors derrière une ceinture de murailles autour de la vieille ville.


De 1032 à 1378, les régions situées entre Alpes et Rhône se trouvent placées sous l’autorité de l’Empire Germanique. A la fin du XIVe, cette région, dont Livron fait partie, est cédée au Dauphin de France et devient le Dauphiné. En cette fin de Moyen-Âge, les marchés et les foires battent leur plein, les échanges s’organisent. On assiste à un tel essor de la ville, qu’aux alentours de 1500, elle déborde largement des murailles.

Au XVIe siècle, une nouvelle enceinte est construite fixant les limites du "Bourg". Ces murs sont percés de quatre portes flanquées de solides tours assurant une très forte défense : La porte de la Barrière, au Sud, d’Empêchy à l’Ouest, de Chanal au Nord et de Tronas à l’Est.
Au XVIe siècle les doctrines protestantes ayant gagné le Dauphiné et le Vivarais, de terribles luttes religieuses font rage.
Lors de ces guerres de religion, Livron assiégée par les troupes de Henri III, repousse plusieurs fois les assauts de l'armée royale (1574-1575). Cet échec fait grand bruit et Livron, bastion protestant, devient célèbre.
Au XVIIe siècle, en lutte contre ces bastions protestants, Louis XIII et Richelieu ordonnent la démolition de toutes les murailles de Livron en 1623. Seule subsistera "la tour du diable" (Tour de Raspans) à laquelle personne n'osera toucher…
Passée la gloire, les Livronnais doivent se remettre à vivre dans une ville dévastée où d'autres malheurs viennent s'ajouter : Encore la peste qui fait des coupes sombres dans la population, les difficultés agricoles du milieu du siècle, les continuels passages de troupes, et, à partir de 1685, les persécutions religieuses qui suivent la révocation de l'Edit de Nant


L'horizon s'éclaircit vers le milieu du XVIIIe siècle : L’industrie de transformation de la soie est en plein essor : filatures, moulinages, tissages et élevage du vers à soie créent de nombreux emplois. D’imposants bâtiments en témoignent encore à Livron et dans toute la Vallée de la Drôme.

Le Rhône est alors un moyen commode d’acheminer les marchandises sur de nombreuses barques. Si celles-ci n’ont pas trop de difficulté pour descendre le fleuve, pour remonter le courant, elles doivent être tirées par de nombreux et lourds chevaux de trait. La batellerie sur le Rhône emprunte les chemins de halage et fait vivre les riverains du fleuve. Certains tiennent auberges et accueillent les mariniers, d'autres ont la charge des équipages de chevaux à renouveler.

En 1767 commence la construction du pont de pierre actuel qui enjambe la Drôme. Diligences, coches et charrettes peuvent enfin emprunter la Grande Route Royale (RN 7) sans se soucier des crues. Celles-ci avaient emporté plusieurs ponts et de nombreux convois qui empruntaient le passage à gué depuis 1521. C'est l’accroissement du trafic sur cette grande voie qui va être à l'origine du développement de la ville basse avec ses relais et ses auberges.
La crise économique générale des années 1787-1790 n'épargne pas Livron qui accueille bientôt dans l'enthousiasme la Révolution… Livron participe, comme partout en Dauphiné aux 1ers Etats généraux de 1788 et à la 1ère Fédération des gardes nationales de 1789 à Etoile.


Les années du Consulat et de l'Empire sont une période d'organisation : avec le premier plan cadastral en 1809, les parcelles de terrain sont réunies, les quartiers en campagne se développent. La moitié de la population y vit alors, notamment à St Genys, aux Petits Robins, et à Domazane.
Des mutations économiques se font sentir avec l'essor des petites industries. Celles-ci se mécanisent en se servant de la force motrice du réseau de canaux qui sillonne toute la Commune.
Un poste de télégraphe « Chappe » est établi au début du XIXe siècle. Il permet la circulation des dépêches de l'Etat de Paris à Toulon.
Cette période va s'achever dans le bruit des armes avec le combat entre royalistes et impérialistes, sur le pont de Livron, le 2 avril 1815, alors que Napoléon revenant de l'Ile d'Elbe était entré à Paris.
Si le milieu du XIXe est une période de développement intense pour Livron, c’est seulement après 1918, dans la période de l’entre-deux-guerres, que la « descente » des édifices publics et religieux va consacrer le rôle prépondérant joué par la ville basse.
Un autre combat fait rage aux abords de ce même pont dans la nuit du 16 au 17 août 1944. Un commando FFI fait sauter une de ces arches et coupe ainsi la retraite vers le Nord de la VIIe armée allemande. La célèbre victoire de « la bataille de Montélimar » en découlera directement.
Aujourd'hui, l'ensemble du centre se rééquilibre, car si la ville poursuit son écoulement graduel vers l'Ouest et le Nord, le Haut est en pleine renaissance.

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