| A la fin de la guerre de 1940 : l’opération « Pont de Livron » |
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Le 15 août 1944, des troupes franco-américaines débarquaient en Provence malgré l’opposition de la XIXe Armée allemande. Celle-ci, dans son mouvement de repli, choisit de remonter la vallée du Rhône : les Allemands empruntèrent dans notre région la Nationale 7 plutôt que la RN 86 ou les départementales passant par Crest car ces deux derniers itinéraires étaient trop favorables à des embuscades des maquis ardéchois ou drômois. Pour gêner au maximum la retraite allemande, il fallait tout de suite détruire les ponts sur la RN 7 ; mais celui de Livron posait problème car la proximité du bourg rendait dangereux pour les civils tout bombardement. Alors la décision fut prise de le faire sauter. Une opération bien réglée.Le 15 août à 16 h 30, le capitaine Gérard/Albert (Henri Faure) chef de la SAP (Section atterrissages parachutages) reçut ce message du Commandant Legrand (Général de Lassus) chef FFI de la Drôme : « Faites sauter le pont de Livron, rendez compte de l’exécution ». Dès le matin du 16 août, Henri Faure vérifia l’armement disponible et fit récupérer à Dieulefit des bâtonnets de plastic pour ajouter à ceux qu’il avait déjà. Vers le soir, à 19 h, une reconnaissance fut effectuée : des véhicules allemands stationnés dans la journée de part et d’autre du pont étaient partis. Après discussion à la ferme Brunel, à 3 km en amont, il fut décidé de se rendre au lieu d’opération vers 22h. À 22 h 30, un groupe de reconnaissance, composé d’Henri Faure, Jean Mathon, Jacques Monier et Louis Valette, s’approcha prudemment de la RN 7 ; les maquisards entendaient chanter les Allemands cantonnés près du pont. Le Groupe de protection Nord, composé de Louis Valette, Philippe Monier, Jean Boyer, Maurice Brunet, Léon Brunel, Pierre Chastel et Jean Mathon, vint prendre position. Les Allemands chantaient toujours, leurs volets étaient fermés ; alors le reste du commando franchit rapidement le pont en longeant le parapet, et le Groupe de protection Sud comprenant Henri Faure, Charles Comer, Camille Planet, Max Lafont, René Achard, Jean Boulanger, Philippe Vitali, Raymond Baulac et Raymond Bertalin, prit position du côté de Loriol. Restait à faire le plus important et le plus délicat : creuser les puits de mine. Des chars allemands étaient bien stationnés au sud, à 600 m environ, de part et d’autre de la RN 7, mais les mineurs ne pouvaient être vus. Ceux-ci, répartis en deux groupes, Jean Didier et Marcel Testut d’un côté, Charles Bonnet et Élie Mourier de l’autre, commencèrent à creuser, espacés de 6 m, deux puits de mine sur la clef de voûte de l’arche la plus au sud. Les barres à mine avaient été entourées de chiffons, mais il fallait, par prudence, bien espacer les coups. Soudain, toute proche, la porte du cantonnement s’ouvrit, une ombre sortit : était-ce l’alerte ? Non, heureusement, le soldat était simplement sorti pour uriner. Autre inquiétude, peu après, une patrouille allemande, tous feux allumés, se présenta au sud mais fit demi-tour au niveau des chars arrêtés là. Le travail se poursuivit lentement et enfin, sous le sable enlevé, apparut la voûte du pont. Alors trois cellules de plastic furent placées dans chaque trou, les mèches lentes mises en place, et le tout remblayé avec précaution. Et ce fut le repli, on repassa devant le cantonnement ennemi et l’on rejoignit sur la route d’Allex le véhicule utilisé pour venir. On attendit peu ; vers trois heures du matin, un éclair brutal suivi d’un fracas épouvantable : le plastic venait d’exploser ! Et chacun de se poser bien sûr la question : le pont avait-il été coupé ? Il fallut attendre le jour pour savoir. Une retraite fortement entravée.Oui, l’opération avait réussi : l’explosion avait ouvert une brèche de 27 m dans l’arche sud ! Et c’était – on l’apprendra bientôt – trois mètres de trop pour que les soldats allemands du Génie puissent la réparer avec leur matériel ! Dès ce jour, des convois motorisés commencèrent à s’entasser sur la rive sud et subirent le feu des Alliés. Seuls les chars de la 11ème Panzer SS allaient réussir à passer sans grand dommage la rivière. Le 19, la Brigade du général américain Butler étant venue prendre position sur les hauteurs de Marsanne aux côtés des maquisards, bien des Allemands cherchèrent à traverser la Drôme beaucoup plus en aval. Même si la rivière était basse à ce moment, beaucoup de véhicules légers allaient s’enliser : de nombreux anciens Livronnais se souviennent d’un véritable cimetière d’engins motorisés abandonnés dans les derniers hectomètres de la Drôme. Des conséquences importantes.Coincée par la destruction du pont de Livron et le débordement à l’est de l’armée du général Butler, la XIXe Armée allemande eut à subir de lourdes pertes durant la grande bataille de Montélimar, mais elle ne fut pas exterminée comme on l’a trop souvent dit : très diminuée, disloquée, elle put tout de même se reconstituer partiellement dans les Vosges. C’était pour elle un très grave échec auquel avait fortement contribué l’action du commando dirigé par Faure dans la nuit du 16 au 17 août 1944.
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